Il se murmure que des Gobelins, petits êtres à oreilles pointues, se cachent dans nos cascades pour vous conter nos histoires, de la plus surprenante comme celle du pont du Diable, ou de la plus stratégique, sur la Côte 314, à la chapelle Saint-Michel.

Un patrimoine naturel unique en Normandie 

Cascades de Mortain

Au détour d’un chemin, en traversant Mortain, il suffit de tendre l’oreille, et on entend gronder. Deux cascades animent le Mortainais, l’un des plus vieux massifs montagneux de France qui donne son nom à l’Est de notre territoire : les montagnes du Mont Saint-Michel. Deux cours d’eaux traversent ces montagnes et ont ainsi formé au fil du temps ces cascades : la Cance et le Cançon. 

De cascades en cascades 

La Grande Cascade, la plus grande de l’Ouest avec ses 25 mètres de chute, est aussi la plus impressionnante des deux, avec un débit conséquent, dans son cadre rocheux unique, creusé par le passage de la Cance dans le grès armoricain. Un chemin, longeant la cascade, permet de la suivre de son sommet jusqu’au pied de sa chute. Plus bas, la Petite Cascade est la préférée des randonneurs, qui passent par le chemin aménagé à flanc de cascade. Le Cançon, qui la traverse, est également surnommée la rivière dorée : par fortes pluies, elle transporte des sédiments argileux, lui donnant cette couleur particulière. Composée d’une suite de petites chutes, elle se faufile dans un étroit canyon avant de rejoindre, plus bas, le Rocher de l’Aiguille, contre lequel on entendrait battre le cœur d’un malheureux jeune homme. 

Une histoire de gobelins 

Mais ceux qui parlent le mieux de ces cascades, ces sont les Gobelins. Des êtres de petite taille, souvent très laids avec des grandes oreilles pointues, qui se sont installés depuis longtemps en Normandie. A Mortain, ils vivent juste ici, à côté des cascades. Présents depuis toujours, ils font bien souvent partie, avec le diable ou les fées, des légendes qui animent le Mortainais. 

Montagnes de Mortain

Avez-vous entendu parler de Léonix ? 

On raconte qu’un jeune homme nommé Léonix, attiré par la curiosité, voulut espionner les fées qui avaient l’habitude de filer le lin à cet endroit. Surpris par la reine des fées, cette dernière lui lança son aiguille en plein cœur, qui se transforma instantanément en rocher. Il se dit toujours aujourd’hui qu’en tendant l’oreille à proximité du rocher, on pourrait encore entendre battre le cœur de Léonix dans la roche. 

Ou encore, du Pont du Diable ? 

Il y a bien longtemps, les crues, les tempêtes et les inondations emportaient fréquemment le pont construit au-dessus de la petite cascade. Un matin, les villageois se réveillèrent, le pont avait été emporté une nouvelle fois. C’est alors qu’un homme, encapuchonné aux mains crochues, leur proposa de reconstruire le pont en une nuit. Sa promesse fut tenue, et le lendemain, un pont solide était en place. Cependant, le Diable, qui construisit le pont, réclama en paiement l’âme du premier à traverser le pont. Un jeune homme du village alla alors chercher un chat noir, et lui brûla les pattes, pour le forcer à traverser le pont. Depuis ce temps, les chats noirs servent le Diable. Enfin, c’est ce que les Gobelins nous racontent. 

Une Abbaye, vêtue de blanc 

Abbaye blanche de Mortain

Au sommet de la Grande Cascade, derrière son haut mur d’enceinte, trône une abbaye cistercienne du XIIe siècle, dont l’histoire est très liée à celle de Mortain. Aujourd’hui en cours de réhabilitation, cette abbaye est dénommée Blanche, couleur de la tenue des moniales qui y ont vécu jusqu’à la Révolution Française. 

L’Abbaye Blanche était un couvent exclusivement féminin, jusqu’en 1791, et sous la tutelle d’une abbaye plus grande encore, aujourd’hui presque disparue, l’abbaye de Savigny-le-Vieux. 

Passé récent 

Depuis ses montagnes, blottie contre ses rocs, la ville de Mortain a été un point stratégique important lors de la Seconde Guerre Mondiale, dans ce qu’on appelle alors la Contre-Attaque. 

D’une petite chapelle en hauteur … 

Petite chapelle de Mortain

En empruntant les lacets de la ville, depuis l’Est, on arrive sur les hauteurs de Mortain. De là, un point de vue magnifique sur le Mortainais, sur les champs bariolés durant l’été, et, au bout d’un chemin ombragé, se dresse une petite chapelle, la Chapelle Saint-Michel. 

Installée sur un montjoie, ces points en hauteur à partir desquels les pèlerins pouvaient voir pour la première fois la silhouette du Mont-Saint-Michel, cette chapelle fut édifiée au milieu du XIXe siècle, en lieu et place d’un ermitage, le lieu d’habitation d’un ermite, un homme qui s’éloigne du monde pour la prière. Elle fut également le témoin des combats qui se déroulèrent à Mortain, du 6 au 12 août 1944. 

… à la Côte 314 

Cote 314 - Mortainais

Suite au débarquement des Alliés sur les côtes Normandes, la libération progressive de la Normandie et le recul des troupes allemandes, Hitler organise une contre-attaque, contre l’avis de ses généraux, sur Mortain, pour enfoncer la IIIe armée du Général Patton. Pendant des jours entiers, Alliés et Allemands se battent sur cet éperon rocheux qui porte alors le nom militaire de Côte 314. Après plusieurs jours de combats intensifs, de lourdes pertes, les Alliés reprennent Mortain et poursuivent leur avancée. Au même moment, la poche allemande de Falaise cède, face à Patton. La Normandie est libérée. 

Le Bataillon perdu 

Au pied de la chapelle, un monument commémoratif nous rappelle aujourd’hui encore les évènements d’août 1944. 

Virtus Incendit Vires – En hommage de pieuse gratitude aux héros du 2eme bataillon du 120ème régiment d’infanterie américain tombés sur cette colline du 7 au 12 août 1944 pour la liberté du monde. Leur inébranlable dévouement au devoir et leur superbe courage reflètent les plus hautes qualités des forces armées.

Dans l’intensité des combats, la 30th US Infantry Division de la 120th US Infantery Regiment, assure la défense de la Côte 314. Surnommée le Bataillon perdu, 

« Lost batallion », cette division manque de moyens, est isolée du reste des troupes, face à un ennemi tenace. Les soldats tombent, mais les Alliés ne se rendent pas. Ils gardent leurs positions, se cachent entre les rochers, se font ravitailler en médicaments et munitions par voie aérienne, parfois sans succès, les locaux leur apportent des vivres, et supportent les assauts de l’ennemi. Du 6 au 12 août 1944, ces GI bloquent l’armée allemande, jusqu’à ce que vienne les relever la 35th Infantery Division. Pendant cinq jours, ces soldats ont paralysé l’avancée des blindés allemands dans la vallée. 

De ce bataillon de 950 hommes, 277 ne redescendront jamais. 

Et vous, quelle facette de Mortain allez-vous découvrir ?